Abeilles sauvages et solitaires : des abeilles dans le mur ou dans la pelouse, que faire ?

Des abeilles qui entrent dans les joints d'un vieux mur, des dizaines de petits monticules de terre sur la pelouse au printemps : pas de panique. Ce sont des abeilles solitaires, sans essaim ni colonie, et elles ne restent que quelques semaines.

Mis à jour le 30 octobre 20269 min de lecture14 sources

Les abeilles qui creusent dans la pelouse ou s'installent dans les trous d'un mur au printemps sont presque toujours des abeilles solitaires : des andrènes, des collètes ou des osmies. Chaque femelle fait son propre petit nid, sans reine ni ouvrières, et ne pique que si on la saisit avec les doigts [3]. Leur période de vol ne dure que 4 à 10 semaines [3]. Il n'y a ni essaim à récupérer ni traitement à faire : le plus simple est de les laisser finir leur saison.

Abeille sauvage, abeille solitaire : de qui parle-t-on ?

Quand on dit « abeille », on pense à l'abeille des ruches, l'abeille mellifère. Elle n'est pourtant qu'une espèce parmi environ 983 espèces d'abeilles confirmées en France métropolitaine [1]. Toutes les autres sont des abeilles sauvages. Ce ne sont pas des abeilles de ruche « retournées à l'état sauvage », mais des espèces à part entière [3].

Dans le monde, la très grande majorité des abeilles sont solitaires [2]. Une abeille solitaire ne vit pas en colonie : il n'y a ni reine ni ouvrières [3]. Chaque femelle creuse ou aménage son nid, y dépose du pollen et du nectar pour ses larves, pond, referme, et recommence un peu plus loin. Elle ne pond que 10 à 30 œufs par an [3]. Les bourdons sont l'exception : ce sont des abeilles sauvages qui vivent en petites colonies, et ils ont leur propre page sur ce site.

983espèces d'abeilles confirmées en France métropolitaineSource [1]
4 à 10 semainesde période de vol pour la plupart des espècesSource [3]
10 à 30œufs pondus par an par une femelleSource [3]
100 à 1 500 mrayon d'action maximal autour du nidSource [3]

Des abeilles dans le mur au printemps : les osmies

Vous voyez des abeilles entrer et sortir des joints d'un vieux mur, des trous d'une façade ou des tubes d'un hôtel à insectes ? Ce sont très probablement des osmies, appelées aussi abeilles maçonnes.

  • L'osmie cornue est l'une des abeilles de printemps les plus communes. Elle niche dans des tiges creuses ou dans les vieux murs, et c'est elle qu'on voit souvent dans les nichoirs à abeilles [4]. Elle vole de mars à juin, ne forme pas de colonie et n'est pas agressive [5].
  • L'osmie rousse, très proche, apparaît un peu plus tard [4]. Elle vole d'avril (parfois fin mars) à juin, parfois juillet, et n'a qu'une génération par an [6].

Les osmies ne fabriquent pas de cavité dans un mur sain : elles profitent de ce qui existe. L'osmie rousse utilise des terriers dans le sol, du bois mort, l'espace sous les tuiles, et les fissures profondes des joints de mortier tendre ou qui s'effrite. Elle peut creuser elle-même dans un mortier tendre. Elle s'installe même parfois dans une serrure de porte [6]. À l'intérieur, elle bâtit des loges dont les cloisons sont faites de boue [6].

Osmie rousse entrant dans un tube de bambou
Osmies à l'entrée des tubes d'un hôtel à insectes : chaque tube devient une rangée de loges cloisonnées.. Photo : Martin Thurnherr (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

Pourquoi en voit-on parfois des dizaines sur la même façade ? Parce que ces abeilles, solitaires, partagent volontiers un même site favorable et nichent les unes près des autres [7]. Ce n'est pas une colonie : ce sont des voisines.

Et le mur, dans tout ça ?Une mairie anglaise qui traite ces questions rappelle que les abeilles maçonnes choisissent des joints de mortier déjà tendres ou dégradés, de vieux trous de perceuse dans la brique ou les interstices autour des fenêtres et des portes [7]. Le seul moyen efficace de les en dissuader est de refaire ces joints : dégarnir sur environ 15 mm, avec un mortier pas trop dur pour la brique mais assez pour décourager les abeilles, de préférence en fin d'été, une fois leur activité terminée [7]. Sachez que les loges abritent alors les larves de l'année suivante, qui passent l'hiver dans leur cellule [3] : si le mur n'est pas fragilisé, rien ne presse.

Des petits monticules sur la pelouse : andrènes et collètes

Selon les sources, de la moitié aux trois quarts des espèces d'abeilles sauvages nichent dans le sol [3] [8]. On repère leurs nids à de petits trous ou de petits monticules de terre, sur une butte, un talus, un chemin en terre battue, entre des dalles ou dans une pelouse [8]. Quand plusieurs nids sont regroupés au même endroit, on parle de « bourgade », un village d'abeilles solitaires [8].

Petits monticules de terre d'abeilles solitaires dans une pelouse
Monticules de terre laissés dans une pelouse par des abeilles solitaires qui creusent leur nid.. Photo : Rosser1954 (CC BY 4.0, Wikimedia Commons)
  • Les andrènes : l'andrène à pattes jaunes peut creuser des centaines de nids dans les pelouses ensoleillées qu'elle affectionne au printemps [4]. L'andrène duvetée, comme les autres andrènes, a une langue courte et butine volontiers des fleurs simples comme le pissenlit [4].
  • Les collètes : la collète des sablons (Colletes cunicularius) creuse son nid dans le sable, le plus souvent sur un terrain plat, avec une seule galerie verticale d'environ 30 cm qui mène aux loges. Elle est active de fin février à début mai, avec une seule génération par an [9].
Andrène, abeille sauvage solitaire, au bord de son terrier dans le sable
Andrène à l'entrée de son terrier creusé dans un sol sableux.. Photo : Stephan Sprinz (CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

Ces abeilles cherchent des endroits bien ensoleillés, où le sol est nu ou peu couvert de végétation [3]. Une pelouse clairsemée et exposée plein sud leur convient parfaitement, ce qui explique qu'on les retrouve souvent au même endroit d'une année sur l'autre.

Pourquoi elles sont inoffensives

Les femelles d'abeilles sauvages ont bien un dard venimeux, mais elles ne s'en servent que lorsqu'on les saisit avec les doigts [3]. Les abeilles terricoles n'ont pas de gardiennes à l'entrée de leur nid [8]. Pour l'abeille maçonne la plus courante, la mairie d'Oxford précise même que son dard ne traverse pas la peau humaine [7].

La raison est simple : elles n'ont rien à défendre collectivement. Pas de réserve de miel, pas de colonie, pas de couvain partagé. Une colonie d'abeilles mellifères installée défend ses rayons et pique beaucoup plus volontiers [14]. Une abeille solitaire, elle, préfère fuir.

Le bon réflexeMontrez la bourgade aux enfants plutôt que de l'interdire : on peut s'accroupir à côté et regarder les allers-retours. Ce sont les seules piqûres qu'on risque vraiment : celles d'une abeille qu'on attrape à la main.

Combien de temps dure leur activité ?

C'est souvent la question qui rassure le plus. La période de vol de la plupart des abeilles sauvages ne dure que 4 à 10 semaines, au printemps, au début ou à la fin de l'été selon l'espèce [3]. Ensuite, plus rien ne bouge en surface : les larves se développent dans leurs loges et y passent l'hiver [3]. Les adultes de la génération suivante sortiront au printemps d'après.

AbeilleOù la voit-on ?Quand ?
Osmie cornueTiges creuses, vieux murs, nichoirs [4]Mars à juin [5]
Osmie rousseCavités, joints de mortier tendre, sous les tuiles [6]Avril (parfois fin mars) à juin, parfois juillet [6]
Andrène à pattes jaunesPelouses ensoleillées, en bourgades [4]Printemps [4]
Collète des sablonsSol sableux plat [9]Fin février à début mai [9]

Pour la mairie d'Oxford, les abeilles maçonnes adultes ne sont visibles que quelques semaines au printemps [7]. Autrement dit : si vous attendez un mois, le problème se sera résolu de lui-même.

Pourquoi un apiculteur ne peut rien en faire

Un apiculteur récupère des essaims. Or un essaim, c'est le mode de reproduction d'une colonie d'abeilles mellifères : la reine quitte la ruche avec environ la moitié des ouvrières pour fonder une nouvelle colonie [11]. Les cueilleurs d'essaims bénévoles de l'Oise, dont L'Oise Apicole publie la liste, interviennent pour ces essaims-là [12].

Avec des abeilles solitaires, il n'y a rien à recueillir : pas de reine à faire entrer dans une ruchette, pas de colonie, pas de rayons, pas de miel. Les abeilles sauvages n'ont même pas besoin de réserves pour passer l'hiver, puisque ce sont les larves qui hivernent dans leurs loges [3]. Appeler un apiculteur ou les pompiers ne servirait donc à rien.

En cas de doute sur ce que vous avez sous les yeux, comparez avec notre guide pour distinguer un essaim d'abeilles d'un nid de guêpes. Des insectes lisses, jaune vif et noir, avec un va-et-vient incessant à l'entrée d'un trou dans le sol, ce sont plutôt des guêpes, et là, c'est une autre affaire.

Et si vous avez bien une grappe de milliers d'abeilles accrochée à une branche, c'est un vrai essaim : suivez les bons gestes face à un essaim d'abeilles et contactez un cueilleur proche de chez vous.

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La carte classe les apiculteurs, les cueilleurs d'essaims et les associations de l'Oise du plus proche au plus éloigné de votre commune.

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Abeilles de terre : comment s'en débarrasser… ou cohabiter

Aucune abeille ne figure sur la liste nationale des insectes protégés [10]. Mais il n'existe pas de traitement à conseiller, et beaucoup de ces abeilles sont détruites par méconnaissance ou par peur, alors qu'il est très facile de cohabiter avec elles [8]. Voici les options, de la plus simple à la plus radicale.

À faire

  • Attendre quelques semaines : l'activité s'arrête seule [3].
  • Continuer à utiliser le jardin normalement : elles ne défendent pas leur nid [8].
  • Si l'emplacement vous gêne pour l'an prochain : regarnir le sol nu, car elles préfèrent les zones ensoleillées sans végétation [3].
  • Pour un mur abîmé : refaire les joints en fin d'été, après leur activité [7].
  • Leur offrir un autre coin : un talus nu au soleil, un nichoir, des fleurs de mars à octobre [3].

À éviter

  • Pulvériser un insecticide : inutile, puisque l'activité cesse d'elle-même en quelques semaines.
  • Boucher les trous pendant la saison : vous enfermeriez les larves de l'année.
  • Appeler un apiculteur : il n'y a pas d'essaim à récupérer.
  • Saisir une abeille à la main, seul cas où elle pique [3].

Des alliées précieuses pour le jardin

Les abeilles sauvages récoltent pollen et nectar en même temps. Sur le colza, une étude suisse relève qu'environ 70 % de leurs visites de fleurs aboutissent à une pollinisation, contre 35 % pour les abeilles mellifères [3]. Certaines espèces volent dès 7 °C, quand l'abeille mellifère attend 12 °C [3]. Ce sont donc elles qui pollinisent les arbres fruitiers par les matins frais du printemps.

Environ 80 % des plantes à fleurs des régions tempérées dépendent des insectes pour leur pollinisation [3], et plus de 75 % des cultures vivrières mondiales dépendent, au moins en partie, de la pollinisation animale [13]. Près de la moitié des espèces d'abeilles d'Europe centrale ne récoltent le pollen que d'un seul genre ou d'une seule famille de plantes [3] : chaque espèce qui disparaît laisse des fleurs sans partenaire.

Dans l'OiseLes cueilleurs d'essaims listés par L'Oise Apicole se déplacent pour les essaims d'abeilles mellifères [12]. Pour des abeilles solitaires dans un mur ou une pelouse, inutile de les solliciter : laissez simplement la saison se terminer.

Pour tout savoir sur l'abeille des ruches et comprendre ce qui la rend si différente, lisez notre page sur la vie d'une colonie d'abeilles mellifères, ou revenez à la page d'accueil du guide des essaims dans l'Oise.

Questions fréquentes

Les abeilles solitaires font-elles du miel ?

Non. Elles n'ont pas besoin de réserves pour l'hiver, car ce sont leurs larves qui hivernent dans les loges. On ne peut donc pas récolter de miel chez les abeilles sauvages [3]. Elles stockent seulement, dans chaque loge, la ration de pollen et de nectar nécessaire à une larve.

Les abeilles du mur reviendront-elles l'an prochain ?

Probablement, et ce seront les filles de celles de cette année. Les larves passent l'hiver dans leurs loges et les adultes sortent au printemps suivant [3]. L'osmie rousse n'a qu'une génération par an [6]. Si le site leur plaît, d'autres femelles viendront nicher à côté [7].

Un hôtel à insectes attire-t-il des abeilles dangereuses ?

Non. Les nichoirs à tubes sont surtout occupés par des osmies, comme l'osmie cornue [4], une abeille solitaire décrite comme non agressive [5]. Placez-le au soleil, près de fleurs : ces abeilles ne s'éloignent guère, leur rayon d'action ne dépassant pas 100 à 1 500 m [3].

Qu'est-ce qu'une abeille « coucou » ?

Environ un quart des espèces d'abeilles sauvages d'Europe centrale ne construisent pas de nid : elles pondent dans celui d'une autre abeille, et leur larve consomme les provisions prévues pour la larve de l'hôte [3]. Certaines, comme la nomade jaune et noire, ressemblent tellement à des guêpes qu'on les confond facilement [4].

Les abeilles sauvages sont-elles menacées ?

Beaucoup le sont. En Suisse, près de la moitié des quelque 620 espèces figurent sur la liste rouge, et en Europe centrale entre 25 % et 68 % des espèces sont menacées selon les pays [3]. En cause : le manque de fleurs et de sites de nidification, et les pratiques agricoles intensives [3].

Sources

  1. Liste des abeilles de France métropolitaine, L. Ropars et al., Osmia n° 13, 2025 : orbi.umons.ac.be/bitstream/20.500.12907/52034/1/ropars-et-al-2025_liste-abeilles
  2. Mallette pédagogique des ruchers-école, module 2 : biologie de l'abeille et comportement de la colonie, ITSAP-Institut de l'abeille, 2017 : mallette-pedagogique.itsap.asso.fr/wp-content/uploads/2017/12/PPT-Mallette-pedag
  3. Favoriser les abeilles sauvages : assurer les rendements et la diversité des plantes, fiche technique n° 1258, FiBL (L. Pfiffner, A. Müller), 2023 : www.fibl.org/fileadmin/documents/shop/1258-abeilles-sauvages.pdf
  4. Abeilles sauvages de nos jardins, poster, N. J. Vereecken (ULB), Y. Barbier et C. Veeschkens (SPW-DEMNA), Service public de Wallonie : www.agroecologie-ulb.net/_files/ugd/ad087d_852425a53c094cb99781f54da826a310.pdf
  5. L'abeille maçonne, jolie bête à cornes, Université de Fribourg, Alma & Georges, 2019 : www.unifr.ch/alma-georges/articles/2019/labeille-maconne-jolie-bete-a-cornes
  6. Osmia bicornis, fiche espèce, BWARS (Bees, Wasps & Ants Recording Society) : bwars.com/node/857
  7. Mortar bees, conseils de lutte contre les nuisibles, Oxford City Council : oxford.gov.uk/pest-control-advice/pest-control-advice-bees/4
  8. Des abeilles dans la terre, panneau du réseau Apiformes, Lycées agricoles pour la biodiversité (EPL de Courcelles-Chaussy) : adt.educagri.fr/dossiers/2257/PANNEAUX_20X30_PROTECTION_DES_ABEILLES_.pdf
  9. Projet Colletes de Belgique, N. J. Vereecken, Université de Mons, laboratoire de zoologie : zoologie.umons.ac.be/hymenoptera/page.aspx?id=28
  10. Arrêté du 23 avril 2007 fixant les listes des insectes protégés sur l'ensemble du territoire, Légifrance : www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000465500/
  11. Group Decision Making in Honey Bee Swarms, T. D. Seeley, P. K. Visscher, K. M. Passino, American Scientist, 2006 : bees.ucr.edu/media/156/download
  12. Cueilleurs d'essaims par cantons, L'Oise Apicole : www.oiseapicole.com/copie-de-cueilleurs-d-%C3%A9ssaim
  13. Publication des rapports d'évaluation de l'IPBES sur la pollinisation, UICN, décembre 2016 : www.iucn.org/fr/news/secretariat/201612/publication-des-rapports-d%E2%80%99%C3%A
  14. Prevention and Treatment of Nuisance Honey Bees Around Your Home, Mississippi State University Extension, publication P3690 : extension.msstate.edu/publications/prevention-and-treatment-nuisance-honey-bees-

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